Examen régional de la langue française Meknès Tafilalt - 2014


CRÉON : Pourquoi fais-tu ce geste, alors ? Pour les autres, pour ceux qui y croient ? Pour les dresser contre moi ?
ANTIGONE : Non.
CRÉON : Ni pour les autres, ni pour ton frère ? Pour qui alors ?
ANTIGONE : Pour personne. Pour moi.
CRÉON, la regarde en silence : Tu as donc bien envie de mourir ? Tu as l’air d’un petit gibier pris.
ANTIGONE : Ne vous attendrissez pas sur moi. Faites comme moi. Faites ce que vous avez à faire. Mais si vous êtes un être humain, faites-le vite. Voilà tout ce que je vous demande. Je n’aurai pas du courage éternellement, c’est vrai.
CRÉON, se rapproche : Je veux te sauver, Antigone.
ANTIGONE : Vous êtes le roi, vous pouvez tout, mais cela, vous ne le pouvez pas.
CRÉON : Tu crois ?
ANTIGONE : Ni me sauver, ni me contraindre.
CRÉON : Orgueilleuse ! Petite Oedipe !
ANTIGONE : Vous pouvez seulement me faire mourir.
CRÉON : Et si je te fais torturer ?
ANTIGONE : Pourquoi ? Pour que je pleure, que je demande grâce, pour que je jure tout ce qu’on voudra, et que je recommence après, quand je n’aurai plus mal ?
CRÉON, lui serre le bras : Écoute-moi bien. J’ai le mauvais rôle, c’est entendu, et tu as le bon. Et tu le sens. Mais n’en profite tout de même pas trop, petite peste… Si j’étais une bonne brute ordinaire de tyran, il y aurait déjà longtemps qu’on t’aurait arraché la langue, tiré les membres aux tenailles, ou jeté dans un trou. Mais tu vois dans mes yeux quelque chose qui hésite, tu vois que je te laisse parler au lieu d’appeler mes soldats ; alors, tu nargues, tu attaques tant que tu peux. Où veux-tu en venir, petite furie ?
ANTIGONE : Lâchez-moi. Vous me faites mal au bras avec votre main.
CRÉON, qui serre plus fort : Non. Moi, je suis le plus fort comme cela, j’en profite aussi.
ANTIGONE, pousse un petit cri : Aïe !
CRÉON, dont les yeux rient : C’est peut-être ce que je devrais faire après tout, tout simplement, te tordre le poignet, te tirer les cheveux comme on fait aux filles dans les jeux. (Il la regarde encore. Il redevient grave. Il lui dit tout près.) Je suis ton oncle, c’est entendu, mais nous ne sommes pas tendres les uns pour les autres, dans la famille. Cela ne te semble pas drôle, tout de même, ce roi bafoué qui t’écoute, ce vieil homme qui peut tout et qui en a vu tuer d’autres, je t’assure, et d’aussi attendrissants que toi, et qui est là, à se donner toute cette peine pour essayer de t’empêcher de mourir ?
ANTIGONE, après un temps : Vous serrez trop, maintenant. Cela ne me fait même plus mal. Je n’ai plus de bras.
CRÉON, la regarde et la lâche avec un petit sourire. Il murmure.
Dieu sait pourtant si j’ai autre chose à faire aujourd’hui, mais je vais tout de même perdre le temps qu’il faudra et te sauver, petite peste. (Il la fait asseoir sur une chaise au milieu de la pièce. Il enlève sa veste, il s’avance vers elle, lourd, puissant, en bras de chemise.) Au lendemain d’une révolution ratée, il y a du pain sur la planche, je te l’assure. Mais les affaires urgentes attendront. Je ne veux pas te laisser mourir dans une histoire de politique. Tu vaux mieux que cela.


Questions


I.                          Étude de texte : (10 points)              

Relisez le texte et répondez aux questions suivantes :
1.  Jean Anouilh est un dramaturge français.
- Quand et où est-il né ? (0,25 x 2)
- Citez une de ses œuvres autres que « Antigone » (0,5)
- Quand et où est-il mort ? (0,25 x 2)
Pour répondre, vous pouvez choisir parmi les informations suivantes : (1905, 1910, 1980, 1987), à Paris, à Bordeaux, à Genève, à Lausanne, « La sauvage», « Les misérables».

2.  Dans quel genre littéraire classe-t-on la pièce «Antigone» de Jean Anouilh ? Pourquoi ? (1 pt)

3.  « CRÉON : Pourquoi fais-tu ce geste, alors ? »
D’après votre lecture de l’œuvre, de quel geste parle Créon dans cette réplique ? (1 pt)



4.  Relevez dans le texte une phrase qui montre l’entêtement et la détermination d’Antigone. (1 pt)
5.  -a-Relevez dans le texte une didascalie qui montre la colère de Créon
b-Quelle est la raison de sa colère. (1 pt)

6.   « je n’ai plus de bras »
a-   De quelle figure du style s’agit-il ? Justifiez votre réponse.
b-   Quelle idée met-elle en relief ? (1,5 pt)

7.  Relevez dans le texte deux mots ou expressions appartenant au champ lexical de « la violence » (1 pt)

8.  D’après votre lecture de l’œuvre ; Créon a-t-il réussi à convaincre Antigone de renoncer à son projet ? Justifiez votre réponse. (1 pt)

9.  À la lecture de ce passage, qui selon vous est en position de force : Créon le roi ou Antigone ? Justifiez votre réponse. (1 pt)

II.                       Production écrite 10 points


Sujet :
Dans ce texte, Créon est en colère. Il recourt à la violence à l’encontre d’Antigone. Approuvez-vous ce comportement ?
Rédigez un texte dans lequel vous exposerez votre point de vue sur le sujet.


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